Thomas Handfield


Le troisième des fils de John, Thomas le plus connu de nous, celui dont la descendance est canadienne-française (au Québec), est mon ancêtre en ligne directe.


Thomas est né le 6 janvier 1741, il n'avait que 14 ans lors de la déportation des Acadiens mais il était dans le 40ième Régiment depuis 1752, alors il a été témoin des scènes déchirantes et inhumaines qui se sont déroulées à cette occasion. La tradition, dans la Famille, veut que ce soit la raison pour laquelle il abandonna ses parents. On peut facilement supposer, en tous cas, que ces souvenirs ont grandement influencé sa décision, une fois la guerre de Sept Ans terminée.

L'année 1757, le 47ième Régiment, dans lequel il fut promu Enseigne le 23 mai 1759, était campé sur la colline de Halifax lors des préparatifs, qui ont été abandonnés, pour l'expédition contre Louisbourg, expédition qui a été reprise l'année suivante.


Ainsi, en 1758, le 47ième faisait partie de la brigade de Wolfe qui est débarquée dans l'anse Corromandière, appelée depuis, Kennington Cove. C'était le nom de la frégate qui, en compagnie de la frégate Halifax, protégeait les soldats avant le débarquement dans cette anse du rivage de Louisbourg, située à environ six milles de la forteresse. les retranchements français s'étendaient jusque-là.

Après la prise de Louisbourg, contrairement au 40ième qui est resté en garnison pour l'hiver, le 47ième est retourné à Boston. Le printemps suivant, le rassemblement se fit à Halifax. Les troupes venaient de New-York, Boston et Annapolis-Royal. Toutes se rendirent à Louisbourg, attendre le convoi arrivant d'Angleterre, pour aller faire le siège de la ville de Québec.

C'est à cette occasion, à Louisbourg, le 23 mai 1759 que le Général James Wolfe Commandant de la flotte Anglaise, pour l'expédition contre Québec, a promu Thomas, Enseigne, dans le 47ième Régiment, à la demande du Général Thomas Bell. Voir Manuscrit

Illustration de l'uniforme qu'aurait porté l'Enseigne Thomas Handfield du 47ième Régiment à Québec en 1759. L'illustration vient d'une esquisse élaborée par Alan H. Archambault dans le "Public Record Office", Chancery Lane, Londres, Angleterre. Seul l'uniforme est authentique.

Le 6 juin 1759, toutes les forces anglaises prirent la route du St-Laurent sous le commandement du Général James Wolfe. Ce dernier est né à Westerham, Kent, le 2 janvier 1727, fils du Lieutenant-Général Edward Wolfe et de Henrietta Thompson. En route, on fit prisonnier un pilote de l'Île-aux-Coudres, Jean Denys de Vitray, l'obligeant, sous peine de mort, à les conduire devant Québec. Ce n'est que le 26 juin que le convoi est parvenu à destination. Les troupes débarquèrent sur l'Ile d'Orléans, et y installèrent leur campement. L'artillerie fut montée sur les hauteurs de Pointe-Levy d'où les canons pouvaient atteindre la Ville de Québec.

Les forces Françaises de Québec étaient commandées par le Général Louis-Joseph Marquis de Montcalm avec comme aide-de-camp le Colonel Louis-Antoine Comte de Bougainville. Ce dernier avait la responsabilité de veiller sur la communication entre Québec et Montréal, donc sur l'Anse-au-Foulon.

Un premier débarquement entre Québec et la chute Montmorency fut un échec, les Français étant trop bien installés en ces lieux. Une tentative des Français pour incendier les navires anglais avec des radeaux enflammés, enchaînés par deux, s'avéra aussi un échec.

Entre la fin juin et le début septembre les deux camps ont essayés toutes sortes d'actions qui se sont révélées inutiles. La belle saison tirait à sa fin et les Anglais commençaient à penser à lever le siège de la ville et revenir l'année suivante. C'est alors que ses trois brigadiers, Monckton, Townshend et Murray soumirent à Wolfe un plan que celui-ci s'empressa d'accepter. Un débarquement par en haut de la ville. Wolfe choisit lui-même l'endroit, le seul accessible, la Côte de l'Anse-au-Foulon.


A cet endroit, M. de Bougainville avait posté le commandant Louis du Pont Duchaubon de Vergor et cent soldats. Aussitôt la nuit du 12 septembre tombée, 1800 anglais descendirent de leurs bateaux et escaladèrent la pente escarpée pour surprendre les soldats du camp Vergor qui n'étaient, ce soir-là que trente.(Les autres avaient eu la permission du Commandant Vergor de s'absenter pour aller faire leurs récoltes.) Ils furent fait prisonniers et les Anglais eurent le chemin libre pour aller sur les Plaines d'Abraham.

Vers cinq heures du matin, Wolfe avait réuni 4800 combattants des troupes régulières, bien aguerris. (Voir le plan de la bataille). Le 47ième Régiment était en première ligne, en face des Régiments français Languedoc et La Sarre, à environ 1500 pieds de ces régiments et à environ trois-quart de mille de la porte St-Louis. Il était du côté nord de la route de Sillery et tout près de cette route appelée depuis Grande-Allée.

La bataille s'engagea vers dix heures. Wolfe avait commandé à ses hommes de réserver leur feu et de mettre deux balles dans leur fusil. Ce n'est que lorsque rendu à cinquante mètres les uns des autres que les Anglais reçurent l'ordre de tirer. Ce fut comme un coup de canon et le sol se couvrit de cadavres français. Wolfe ordonna, aux Grenadiers de Louisbourg et au régiment Bragg, une charge à la bayonnette. En quinze minutes la bataille était gagnée, les Français étaient en déroute.

Au commencement de l'action, Wolfe fut blessé au poignet, quelques instants plus tard, à l'aine et au moment de la charge une balle lui a traversé les poumons. Il est décédé sur le champ de bataille, entouré de plusieurs de ses officiers. Son corps, embaumé, fut rapatrié en Angleterre sur le navire "Royal William" et inhumé dans le pays pour lequel il avait donné sa vie.

En essayant d'enrayer la déroute de ses soldats, Montcalm a été atteint à la cuisse et aux entrailles. Ramené dans Québec, assis sur son cheval noir et soutenu par trois officiers il eut le temps de mettre ordre à ses affaires et se préparer à mourir. Il expira à cinq heures le matin du quatorze septembre. Son service funèbre fut célébré à neuf heures le soir du même jour et l'inhumation se fit aux Ursulines.

Notre ancêtre, Thomas, a vécu tous ces évènements du 13 septembre 1759 sans blessure, mais il ne sera pas aussi chanceux le 26 avril de l'année suivante. Lors de la bataille de Ste-Foy, il fut blessé par les troupes de M. de Lévis, qui ont essayé de reprendre la Ville de Québec. Rapport de l'Officier Supérieur. Le Brigadier François Duc de Lévis était Commandant en second de l'armée Française du Canada. Après le décès de Montcalm il remplaca ce dernier à la tête d'une armée de 7000 hommes. Les Anglais furent battus et ils s'enfermèrent dans Québec attendant des renforts qui ne tardèrent pas à arriver. L'armée Française leva le siège et retourna à Montréal d'où elle était venue.


Thomas a bien guéri de sa ou ses blessures et est resté en garnison à Québec, jusqu'au Traité de Paris en 1763. Pour le jeune officier, Thomas n'avait que 19 ans lorsqu'il fut blessé, il ne lui restait plus qu'à attendre la fin de la guerre, tout en se conservant en vie dans une ville presque détruite, en essayant de passer le temps le plus agréablement possible en compagnie des gentilles Québécoises.

Les misères, subies ensemble, font parfois naître des amitiés qui durent toute une vie. A cause de l'état de guerre qui existait, un officier anglais ne pouvait se permettre d'épouser une "ennemie", mais ils pouvaient toujours espérer ensemble que la guerre finirait bientôt.

Ils firent si bien que le 8 mai 1761, était conduit sur les fonds baptismaux Thomas né le jour précédent et je cite le registre conservé dans la Paroisse Notre-Dame de Québec "du légitime mariage de Thomas" (ces cinq mots sont rayés nuls et ça continue)"de parents inconnus, le parrain Louis Marchand et la marraine Marie-Joseph Lozé".

Voilà une autre raison qui a milité en faveur du choix de Thomas pour sa vie future.

 

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