Attitude de John Handfield

Quelle fut la réaction de mon ancêtre à la réception de cet ordre de déportation ? Bien malin qui pourrait le dire. En qualité de militaire, il ne pouvait désobéir à ses supérieurs sans risquer de graves sanctions, mais voici une raison qui a fait qu'il a certainement eu des cauchemars.

Il a épousé, à Annapolis Royal, Elizabeth Winniet dont la mère, Marie-Madeleine Maisonnat, Française et  Catholique, vivait encore au temps de la  déportation des Acadiens. Marie-Madeleine Maisonnat était la fille de Madeleine Bourq et Pierre Maisonnat, le fameux pirate Français connu sous le nom de "Capitaine Baptiste", qui a infligé de lourdes pertes aux Anglais en capturant leurs vaisseaux de commerce. Alors si elle avait le même tempérament que son fameux père et ce qu'en dit le  Capitaine Knox dans son journal confirme cette hypothèse, la vie ne devait pas être toujours facile avec elle. Pour plus d'informations sur le Capitaine Baptiste, voir le site: "http://perso.orange.fr/ch.lagarrige/cap-baptiste4.htm".  

Le  Capitaine Knox a écrit, et je cite: " Madame Winniet assistait aux conseils de guerre et donnait des ordres. Son gendre était le commandant de la garnison et son mari un membre du Conseil qui avait une grande influence dans sa ville et ses filles mariées à des officiers. Qui peut nier l'autorité d'une dame âgée ayant des relations officielles si puissantes ".

Alors une française catholique ne devait pas voir d'un bon oeil l'injustice dont étaient victimes ses compatriotes. Imaginez la situation du gendre, pris entre son devoir et sa belle-mère. Nous allons voir dans la suite, que les évènements vont confirmer le juste fondement de la perplexité que nous lui prêtons.

 Il prend le parti de temporiser

L'ordre de déportation ne fixait pas la date où celle-ci devait débuter. Winslow et Murray ne perdirent pas de temps, mais Handfield tarde à débuter, pourquoi ? Peut-être pensait-il que les difficultés rencontrées chez les autres feraient changer d'idée à Lawrence, ou était-ce pour donner à la population alertée, la chance de se sauver ou se cacher. Lorsque le premier navire loué par le gouvernement arrive à Annapolis, le 31 août 1755, Handfield n'avait pas encore arrêté une seule personne et la même journée il écrit à Winslow, à Grand-Pré, réclamant des renforts. Ceux-ci n'arrivèrent qu'en octobre 1755 et voici un extrait de la lettre que Handfield expédie à Winslow à cette occasion.

Annapolis 8 octobre 1755

Monsieur,

Les hommes qui formaient le détachement que vous m'avez envoyé, se plaignant de douleurs aux pieds, causés par les mauvais chemins, j'ai donné ordre de les prendre à bord des transports qui doivent se rendre à la Baie. Cinq de ces vaisseaux ont pour pilotes des habitants de la rivière Annapolis. Vous devrez me renvoyer ceux-ci à la première occasion afin qu'ils soient réunis à leur famille quand nous les déporterons de cette province.

Nous voyons, dans la dernière phrase, que Handfield tenait à ce que les familles restent réunies. Et pourquoi retourner les hommes qu'il avait reçu? Il aurait pu les faire soigner et ensuite s'en servir.

La correspondance échangée entre les officiers anglais a été traduite et publiée dans le Rapport des Archives Canadiennes, volume II, 1905. En voici un très bref résumé pour ce qui regarde mon ancêtre :

29 septembre : Winslow demande à Lawrence de lui envoyer les navires qui attendent à Annapolis, parce que Handfield n'est pas prêt.

1 octobre : Lawrence donne l'ordre à Handfield d'envoyer les navires à Grand-Pré et lui dit qu'il lui en enverra d'autres.

27 octobre : Lawrence commande à Winslow d'envoyer à Handfield 80 soldats, 2 capitaines et 4 officiers subalternes.

3 novembre : Winslow ordonne au Capitaine Adams de conduire le détachement à Annapolis et de prendre les ordres de Handfield.

Après cette date, l'ordre de déportation fut exécutée ; mais combien de familles ont pu se sauver durant ces trois mois ? Certains auteurs ont mentionné une déportation d'environ 80% des habitants pour la région d'Annapolis. 

Le 9 décembre 1755, les six derniers transports chargés de 1664 personnes quittèrent la Baie d’ Annapolis. Un de ces transports, Le Pembroke, tomba aux mains des captifs acadiens dirigés par le pilote Beaulieu (ou Fontaine dit Beaulieu) et le charpentier de marine Charles Belliveau. On ramena le vaisseau à St-Jean Nouveau Brunwick et les 225 Acadiens qu’il contenait se dirigèrent sur Québec où ils arrivèrent au printemps de 1756.

La lecture du journal de Winslow, dont une copie manuscrite est déposée aux Archives de la Nouvelle-Écosse, nous permet de suivre presque au jour le jour, le déroulement des évènements des années 1754-55. Les noms de tous les simples soldats qui en 1754, ont participé à la prise du fort Beauséjour, les mouvements de troupes, les débarquements etc., tout y est inscrit. C'est le seul journal que j'ai eu la chance de feuilleter, où il y a tant de détails. Winslow a même noté le nom de toutes les personnes qu'il a déportées de Grand-Pré et des environs.

 carte de référence ***Utiliser le bouton "page précédente" de votre fureteur pour revenir ici.

 

Accès direct à la page

Accueil 3 4 5 <6> 7 8 9 10 11 12 13 14 15