Quel fut le rôle de Thomas durant l'occupation américaine de 1774-1776 ? Lors des naissances, le curé de Verchères écrivait de lui qu'il était " Officier dans les troupes ". Ce devait être les troupes de la milice Canadienne, son nom étant absent des listes officielles de l'armée coloniale anglaise depuis 1764. Mais lors d'une naissance, le 9 décembre 1773, il est inscrit que le père est absent et la naissance suivante ne se produit que le 6 mars 1777. Donc Thomas a pu être absent de chez lui, du printemps 1774 jusqu'au printemps 1776, soit à peu près le temps de l'occupation.
L'achat de sa première ferme dans Verchères se situe vers cette date Voir photo. Après 1776, bien que les Américains se soient retirés du Canada, des troupes canadiennes, anglaises et même allemandes étaient encore en garnison dans les forts le long du Saint-Laurent et Thomas participait aux déplacements de ces troupes. J'en ai plusieurs preuves.
En 1777, il engage comme fermier, pour un an, Antoine Letarte, de Verchères, âgé de 21 ans, pour prendre soin de sa terre pendant que lui travaille comme " Capitaine of Batteaux ". C'est ainsi qu'il signe au bas du contrat. Le salaire du fermier consiste en ceci : 200 livres, une paire de souliers de bœuf, un poulain de l'année et lui fournir du terrain pour planter sa provision de tabac, en plus il est logé, nourri, blanchi et raccommodé.
En 1779, l'engagé est Pierre Lapierre, de Verchères également, et son salaire est : 350 livres 20 sols ou chelins, être nourri et logé, lui et sa femme, dans une petite maison près de celle de son maître et en plus une place pour son cheval dans les bâtiments de la ferme. Une autre preuve qui nous permet de connaître son occupation, en plus d'être fermier, est le document daté du 20 novembre 1780 et signé par John Barnes, Assistant Quartier-Maître Général de Sorel et qui se lit comme suit :
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"Il vous est ordonné de fournir au porteur le Sieur Thomas Handfield Capitain de Batteaux toutes assistance dans votre pouvoir en lui fournir de bon Pillotts de paroisse a Paroisse, pour Conduire le Régiments de Prince Fréderic à leur Hivernement Respectivement, le Pilotts qui sera Employer seron Payer un Chellin par Jour Chaique avec la ration et Rum, la quelle prix et fixé par Son Excellence le Commandant en Chief pour toutes habitants employer en Corvée après le 15 Octobre. Aux Capitaines de Milice de Cote du sud de la Riviere St Lawrence Sorell a Ft W. Henry Par ordre de Q. Maître General Sorell 20 Novembre 1780 Jh. Barnes Ass. Q. M. Gnl " |
Notons que ce document écrit en français par un officier anglais était destiné aux Capitaines de milice qui étaient des Canadiens-Français.
La campagne du Général John Burgoyne contre les Américains, débuta le 6 mai 1777 avec son arrivée à Québec, de retour d'Angleterre, avec toutes les autorisations nécessaires, du Parlement anglais. Le rendez-vous des effectifs se fit en juin à St-Jean-sur-Richelieu, 7500 réguliers, 400 Indiens, 100 Loyalistes et 2000 non-combattants. La troupe se dirigea vers le sud du lac Champlain et arriva au Fort Ticonderoga le 30 juin 1777. Le 28 juillet 1777, l'Officier en charge a écrit: (courtoisie de M. Eric Schnitzer)
" Mr Handfield a charge du service des magasins mais relève de l'autorité du Lieutenant St-Eloy pour quels batteaux il a et au Lieutenant Price pour les Canadiens qu'il emploie."
Ce Mr. Handfield qui a des "batteaux" ne peut être que Thomas Handfield employé civil comme "Capitaine de Batteaux" durant cette guerre de la Révolution américaine.Thomas n'était plus sur les listes militaires depuis 1764.
Voici ce qu'était un "Batteau" : C'était une embarcation, en chêne blanc, à fond plat avec les deux bouts pointus. Les plus petits avaient un équipage réduit alors que les moyens et les gros en avaient un de cinq personnes, quatre rameurs et un pilote. Il y avait aussi le Capitaine, sur un des "batteaux" de la flotte, qui dirigeait l'ensemble. L'Amirauté britanique avait adopté une embarcation de 30 pi. 4po. (9.25 mètres) de long, d'une largeur de 6 pi. 6 po. (2 mètres) et d'une profondeur de 2 pi. 10 po. (0.86 mètre). Un "batteau", de cette dimention, pouvait transporter 20 soldats armés, ou 12 barils de provisions. Dans le civil, certains "batteaux" avaient 58 pi.ou (17.5 mètres) et pouvaient transporter jusqu'à 10 tonnes de cargo.
La même année, probablement entre deux voyages, il est à Montréal où, le 2 octobre 1780, en présence de Maître Bouvet, il constitue son procureur général spécial le Sieur Zacharie MaCaulé, de Québec, avec le pouvoir de vendre sa maison située en cette ville. Il pourra laisser le montant entier de la vente entre les mains des acheteurs, avec obligation pour ces derniers de payer le capital et les intérêts, mais seulement lorsque ses enfants du premier mariage auront atteint leur majorité. C'est MaCaulé qui a acheté la maison.
Le 28 mars 1788, ses enfants ayant atteint leur majorité, devant Me Duvernay de Verchères, Thomas donne une procuration au Sieur Louis Corbin, l'autorisant à exiger en son nom, de ses débiteurs, toutes les sommes qui lui étaient dues.
Thomas s'était, comme je l'ai dit plus haut, acheté une terre entre 1772 et 1777, mais cette terre ne devait plus suffire aux besoins de la famille qui allait grossissant, puisque le 17 février 1780, par contrat passé devant Maître Bouvet, il achète d'Augustin Tétro, une terre de deux arpents par 32 de profondeur. Cette terre étant voisine de la sienne. Il possède maintenant une terre de 5 arpents par 32, avec une grande maison de pierres et bâtiments de ferme.
Cette ferme est située dans le rang appelé " Petit Côteau ", de Verchères.
La maison de pierres ainsi qu'une autre, construite par la famille, un peu plus tard, après 1801, existent encore. Elles sont situées sur les terres portant les numéros 460 et 462 du Cadastre actuel de Verchères. La maison de pierres est sur la terre 460 et était habitée par M. et Mme Félicien Messier et la maison de bois, sur la terre suivante était habitée par la famille Donat Ménard. Cette dernière maison a été agrandie et rénovée, mais elle est toujours en planches debout et le vieux solage a les dimensions de la maison décrite dans le testament de mon ancêtre soit, 24 par 26 pieds. Dans le testament, il est imposé à l'un des fils de construire une maison de 24X26 pieds, pour un de ses frères, s'il veut jouir de la maison de pierres dans sa totalité.
J'ai pu retracer ces maisons, grâce à un plan daté de 1825, et qui fait partie des dossiers de la Seigneurie de Verchères conservés aux Archives du Séminaire de Trois-Rivières.
Les voisins de Thomas avaient-ils pleine confiance en lui, ou savait-il imposer sa volonté? Toujours est-il que, le 15 juillet 1781, ils le chargèrent de voir à l'exécution d'une sentence arbitrale pour creuser un fossé sur la largeur des terres d'une douzaine d'entre eux.
Ses beaux-parents semblent avoir toujours été plus ou moins chanceux. Après avoir hérité d'une maison, avec ferme, le 5 septembre 1775, ils hypothèquent le tout, le 20 février 1778, au profit de leur gendre pour la somme de 2,100 livres et, le 4 avril 1782, ne pouvant rencontrer leur obligation, ils lui cèdent la maison et la ferme. Mais, Thomas, gendre exemplaire, leur laisse la jouissance entière de la maison, sans aucune obligation quelconque, jusqu'à leur décès.
Cette maison existe encore et elle n'est plus habitée par des Handfield. Elle est située sur la terre 391 du Cadastre de Ste-Théodosie (ou Calixa Lavallée) autrefois appelée " La Beauce de Verchères ". Le propriétaire actuel en a fait l'acquisition en 1976, il s'agit de monsieur Jean-Robert Grenier qui avec sa conjointe Ayala Peer et leurs enfants y habitent encore en 2010.
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