Il était difficile pour un veuf de trente ans, avec trois enfants en bas âge, de demeurer seul longtemps et Thomas ne semblait pas avoir un tempérament d'ermite, puisque le 15 janvier 1771, seulement cinq mois après la mort de sa première épouse, devant Maître Duvernay, notaire de Verchères, il signe un contrat de mariage avec Demoiselle Marie-Joseph Senécal, fille mineure de Joseph Senécal et de Marie-Joseph Truto. Cette dernière était une descendante de Étienne Truto, pionnier de Ville-Marie, célèbre à cause d'un fait d'armes contre les Iroquois le 6 mai 1662.
Le mariage n'a pas été béni tout de suite, je ne sais pour quelle raison. Mais on sait que le clergé catholique n'acceptait que difficilement d'unir des personnes de religions différentes, est-ce la raison?
Un fort lien d'amitié et de confiance unissait Thomas et sa belle-famille, surtout sa belle-mère. Cette dernière, ayant été abandonnée par son mari, depuis 10 jours, le 30 avril 1771, trois mois après la signature du contrat de mariage, Thomas hypothèque tous ses biens pour garantir une dette de 5000 chelins, contractée par ses beaux-parents pour des biens de consommation, envers M. Bouteiller, négociant de Montréal.
Monsieur Senécal, retourné dans son foyer, de gré ou de force, a payé en entier cette dette et, le 4 janvier 1772, une quittance est donnée par M. Bouteiller.
L'été 1771 s'est passé, l'automne aussi et le mariage n'était toujours pas célébré, mais le 21 décembre, Joseph Senécal, sa fille Marie-Joseph, Thomas Handfield et son témoin Joseph Brem dit Bourdelets traversent le fleuve et vont faire bénir le mariage à Saint-Sulpice. Un Institut Généalogique Canadien Français de Montréal inscrit le 21 octobre comme date du mariage. Après vérification à Saint-Sulpice, j'ai trouvé le 21 décembre. Ce fut le dernier acte de 1771. Huit jours plus tard, le curé de Verchères baptisait le premier enfant du nouveau couple. Le premier mais non le dernier, car 12 enfants devaient suivre de 1773 à 1791.
De ses 18 enfants, nés de ses deux épouses, neuf moururent en bas âge et les neuf autres se marièrent. Quatre filles et cinq fils. De ces cinq fils, quatre sont les ancêtres de tous les Handfield de Montréal et des environs. Je parlerai des descendants plus en détail, plus tard.
Thomas :- Né à Verchères le 29 décembre 1771, sépulture à Verchères le 6 juillet 1772.
Marie-Joseph :- Née à Verchères le 9 décembre 1773, mariée à Verchères le 13 janvier 1794 à Louis Martel puis en seconde noce à Verchères le 23 novembre 1818 à Godefroy Lemonde. Sépulture à Verchères le 30 juin 1832.
Marianne :- Née le 3 novembre 1775, baptisée à St-David d'Yamaska le 4 nov.1775, mariée à Verchères le 22 novembre 1802 à Michel Petit, sépulture à Saint-Hyacinthe le 27 mars 1855.
Michel :- Né à Verchères le 6 mars 1777, sépulture le 12 mars de la même année.
Thomas :- Né à Verchères le 6 janvier 1778, sépulture le 6 juillet de la même année.
Charlotte :- Née à Verchères le 19 novembre 1778, mariée le 4 novembre 1799 à François Desmarais.
Antoine :- Né à Verchères le 8 octobre 1780, sépulture 4 jours plus tard.
Thomas :- Né à Verchères le 5 novembre 1781, marié à Varennes le 18 juin 1804 à Françoise Fontaine, sépulture à Verchères le 21 septembre 1834.
Joseph :- Né à Verchères le 15 avril 1783, marié le 10 novembre 1806 à Françoise Desmarais, sépulture à Saint-Marc le 3 octobre 1820.
Jean Baptiste :- Né à Verchères le 30 octobre 1784, marié à Varennes le 11 février 1805 à Catherine Fontaine, sépulture à Verchères le 15 août 1864.
Anonyme ondoyé :- À Verchères le 23 juin 1787.
François-Xavier :- Né à Verchères le 7 décembre 1789, marié le 14 janvier 1811 à Marguerite Lalus, sépulture à Verchères le 4 septembre 1872.
Antoine :- Né à Verchères le 27 mars 1791, sépulture le 12 juillet de la même année.
Ayant été élu tuteur des enfants mineurs, issus de son mariage avec Marianne Poulin, suivant un certificat signé par Me Jean Fraser, juge pour les actes de tutelle, et délivré par le greffier Me Jean Farquhar, le 28 décembre 1771, Thomas fait faire par le Notaire Duvernay, le 13 janvier 1772, un inventaire des biens de la communauté. La liste des biens indique que le couple vivait bien, mais sans superflu. Une maison toute payée dans la ville de Québec et des biens mobiliers pour la somme de 479 livres, sans compter les vêtements mais incluant une vache et une génisse, seuls animaux possédés par le couple, ce qui prouve qu'il n'était pas encore établi sur une ferme. Comme il n'avait pas de cheval ni de voiture ni de bateau, je me demande de quelle façon il exerçait son occupation de négociant.
Le 28 janvier 1772, Thomas signe à Québec, à l'attention de l'Honorable Hector-Théophilus Cramahé, Lieutenant-Gouverneur et Commandant en Chef de la Province de Québec, une pétition demandant l'octroi d'une terre de trois lieues de front, sur le côté nord de la Grande Rivière, à 30 lieues de Montréal et 10 lieues environ de Long-Sault, commencant à l'opposé du bas côté de l'île Roussant, sur trois lieues de profondeur, la ligne suivant le long de la rivière Nation.
Les lenteurs administratives existaient déjà en ces temps-là. La guerre de la révolution américaine s'est déclarée et terminée et toujours pas de réponse à sa demande. Une deuxième pétition est faite le 17 janvier 1789 et est enregistré sous le numéro 602 de la liste du Gouvernement pour les années 1785-1790.
C'est en découvrant l'original de cette deuxième pétition que j'ai appris ce qui était advenu de sa première demande, dans le rapport du " Land Commitee " du 19 juin 1789, il est accordé à Thomas Handfield, sa femme et huit enfants (il en avait trois lors de sa première demande) 1000 acres sur la rivière Ottawa ou " Grand-River " (Voir Appendice 5)
Il ne prit jamais possession de cette terre. Pourquoi ? Une chose est certaine, c'est qu'aucun titre de propriété n'a été enregistré à son nom au Canada. Après avoir lu l'index des lettres patentes émises aux propriétaires de terres concédées, j'ai même feuilleté le volume contenant les copies de ces lettres patentes au cas où les siennes auraient été oubliées dans l'index, mais rien.
En 1845, son fils Jean-Baptiste s'informe au sujet de l'octroi d'une terre à son père et il lui a été répondu que la terre a été vendue par Thomas à John McKinlay avant d'avoir reçu les titres du Gouvernement. Jean Baptiste a tout de même reçu le résidu de l'octroi soit 50 acres.
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