Voici le texte publié dans le SPECTATEUR CANADIEN, Gazette Française de Montréal du samedi 21 octobre 1820. (P.S. texte tel quel, non corrigé)
Le vendredi, 25 août dernier, à la petite pointe du jour, un loup s'arrêta à la porte d'un nommé Jean Tessier, cultivateur, à la Beauce, paroisse de Verchères. En le voyant approcher, le chien qui était dehors, se mit à aboyer. Son maitre se leva et aperçut le loup qui allait probablement se jeter sur son chien. Il ouvrit sa porte en jetant un cri; le loup s'éloigna et paru gagner du côté de St. Marc. Il s'arrêta en effet dans le parc d'un cultivateur de cette dernière paroisse, nommé Joseph Handfield, et attaqua plusieurs de ses animaux. Le chien de la maison se mit à aboyer. Handfield ouvrit sa porte et son chien se tut; mais il vit ses animaux courant ça et là dans son champ, en poussant des beuglemens extraordinaires. Il prit son fusil et courut au parc. Il aperçut une bête qu'il ne reconnut pas d'abord pour un loup, lui tira son coup de fusil, et la vit tomber sur le côté. La croyant morte, il courut à l'endroit, pour voir quel animal c'était. Parvenu près de lui, il reconnut que c'était un loup; il le toucha avec son fusil, mais la bête se leva tout à coup, lui sauta au visage, et lui donna plusieurs coups de dents. Handfield combattit avec le loup, l'espace d'une heure; en fin sentant ses forces s'en aller, il cria d'une voix forte: A moi, une bête me dévore! Son beau-père, Pierre Desmarais, courut vers lui. Handfield lui cria:" gagnez la maison au plus vite, et laissez-en la porte ouverte, je vais recueillir le peu de forces qu'il me reste et tâcher de me sauver. Il trouva en effet le moyen de se débarrasser du loup, se mit à fuir de toutes ses forces et se précipita dans sa maison. Son beau-père referma aussitôt la porte. A peine fut-elle fermée, que l'animal parut, cherchant à pénétrer dans la maison. Le pauvre Handfield était tout en sang; il se coucha, ne pouvant plus se tenir sur ses jambes. Au grand jour, le loup s'enfuit, et fut tué à peu de distance, par un Mr. Antoine Beaudry.
Les animaux que le loup avait mordu sont tous devenus enragés et sont morts dernièrement. Le malheureux Handfield lui-même, est mort le 3 du courant, malgré les secours de la médecine, ayant donné dans le cours de sa maladie, tous les symptômes de l'hydrophobie. Il dit ce jour-là à deux de ses frères qui étaient venus le voir, qu'il allait mourir, et qu'ils ne le reverraient plus. De l'eau lui ayant été présentée ce même jour, il frissonna, et poussa, dit-on, un cri approchant de celui du loup. Il dit peu de temps après;" c'est aujourd'hui ma 4e journée, je ne la passerai pas; car je sens que mon coeur s'affaiblit et que mes forces m'abandonnent. Il tomba vers les trois heures dans une espèce d'agonie, et mourut à 5 heures en apparence dans de grandes souffrances. Il laisse une femme, et plusieurs enfans en bas âge.